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« Donnez une chance à vos rêves car quoi qu’il arrive, vous serez fiers de vous » 

« Donnez une chance à vos rêves car quoi qu’il arrive, vous serez fiers de vous » 

By on 1 Fév, 2017 | 22 comments

Jeudi 29 décembre. Après quelques jours de randonnées et de bons moments partagés à El Chalten, je remonte sur mon vélo et quitte la ville en direction d’El Calafate, un peu plus au Sud.  Je laisse dans mon dos le panorama majestueux du Fitz Roy et de ses montagnes environnantes. Quelques condors me survolent à plusieurs reprises, aisément reconnaissables par leur immense envergure et leur manière de se laisser planer dans les airs.

Après deux semaines éprouvantes sur les pistes en graviers de la Carretera Austral Chilienne, je savoure de nouveau la douceur de l’asphalte Argentine. Grisée par cette sensation, et profitant d’un créneau météo favorable, mes 220kms sont bouclés en deux jours dans un décor magnifique.

 

Du côté d’El Calafate, je retrouve quelques têtes connues, auxquelles viennent s’ajouter de nouvelles rencontres, comme à chacune de mes étapes. Deux jours de repos et de logistique habituelle, gestion de matériel et de nourriture, et la nouvelle année pointe déjà son nez. Un feu d’artifice, quelques verres de vins, et nous voilà en 2017 !

Nouvelle année, et heureuses retrouvailles avec Erick, le Brésilien avec qui j’avais partagé un morceau de route en van un mois plus tôt. Notre team franco-brésilienne reprend la route vers le Parc National Torres Del Paine.
La région de Magellan et de l’Antarctique Chilien nous ouvre ses portes.
Mais avant cela, c’est matinée cuisine pour préparer tous nos fruits et légumes. Le Chili interdit tout import de produits frais ou d’origine animale, imposant une gymnastique d’approvisionnement à laquelle il faut s’habituer avant chaque passage de frontière.
Puis, une journée de route à travers les grandes étendues de pampa désertique et nous voilà déjà devant les douaniers, passeports à la main. A peine un coup d’œil jeté dans le frigo, mes sacoches ne sont même pas vérifiées.
Côté Argentine, le premier village est Cerro Castillo. Le même nom que celui où l’on s’était quitté plus au Nord, mais définitivement pas avec le même charme. Nous bivouaquons donc quelques kilomètres plus loin, près de l’entrée du Parc National. A cette saison, la lumière s’étire dix sept heures par jour, permettant de profiter pleinement des crépuscules. Pour ce soir, la vue sur les pics du Torres depuis le bord d’une petite lagune nous laisse présager de la beauté des jours à venir.

Crée dans les années 60, ce parc est réputé pour être l’un des plus remarquables d’Amérique du Sud. Deux cent milles hectares de beautés naturelles dominées par les tours « Torres Del Paine », formations granitiques emblématiques des lieux. Ses milliers d’années d’érosion et d’activité volcanique ont façonné des couches sédimentaires qui donnent aux chaines montagneuses de superbes tonalités de couleurs, ponctuées de glaciers et de sommets enneigés.

Nous y séjournons jusqu’à mon anniversaire, pour lequel je tenais à être dans un endroit « mémorable ». Challenge réussi !

Plusieurs jours de randonnées musclées nous conduisent le longs de sentiers aux dénivelés sportifs, qui nous récompensent par des panoramas incroyables un peu partout. Des vallées sculptées par les glaciers, des pics rocheux, des lacs colorés, des rivières à traverser à cloche-pied sur les rochers, des ponts suspendus où il est interdit de traverser à plus d’une personne à la fois, des forêts denses, des plages de galets… tout y est.

Les vingt kilomètres de notre première sortie dans des conditions climatiques idéales nous amènent au pied des pics du Cerro Torres. Une lagune bleue turquoise qui scintille au soleil, quelques flocons de neige qui se détachent des sommets, et même un renard qui vient fureter à la recherche de nourriture à quelques mètres de nous. Le cadre est parfait.

Les deux jours suivants, nous partons chargés de notre matériel de bivouac pour une cinquantaine de kilomètres. Une après-midi à longer un immense lac au bord duquel le vent se lève progressivement, créant des vagues et des nuages d’écume au dessus de l’eau, et nous imposant des arrêts forcés pour ne pas être renversés par sa violence.

Au lendemain matin, nous grimpons deux miradors, offrants une vue panoramique sur la vallée « Francès », avant de redescendre pour le chemin du retour.

 

Le beau temps est là, les coupe-vent sont dans les sacs, et une pause sur une plage de galets nous laisse apprécier toute la beauté du lac turquoise sous les rayons du soleil.

Seul souci, mon genou droit me lance des signaux d’alarme depuis quelques heures. Il nous reste 17 kms jusqu’au retour au van, et la douleur s’intensifie au point de ne plus pouvoir plier le genou ni faire une descente sans m’arracher des gémissements de douleur. Douleur qui finit par s’étendre également au genou gauche à force de compenser la pression sur celui-ci.
Après des heures de marche qui me semblent interminables, l’Estancia proche de notre parking est enfin en vue. Une douche salvatrice me révèle un genou qui a doublé de volume…


Repos forcé pour les jours suivants, la douleur m’obligeant à limiter au maximum mes déplacements. Nous roulons tranquillement vers la sortie du parc, profitant des paysages pour un dernier bivouac face au coucher de soleil sur le massif de Los Cuernos.

Une centaine de kilomètres plus au Sud, nous arrivons a Puerto Natales, ville côtière plutôt morose enveloppée par la grisaille et les nuages. Ambiance posée, au chaud dans une petite « cabana » où je prends mon mal en patience : visionnage de films, tri de photos, chargement de nouvelles playlist avec les musiques d’Erick…
Coup de chance, l’un de mes amis connaît une Française installée ici même dont le métier est… kinésithérapeute. Anne Isabelle vient donc gentiment me rencontrer et me rassure un peu après quelques tests. Mes ligaments ne semblent pas touchés, évitant la tendinite tant redoutée. A priori un épanchement de synovie, grosse inflammation due à une surcharge d’activité sportive, qui nécessite (en théorie) deux à trois semaines de repos pour disparaître. Néanmoins, la douleur ne devrait pas me poser trop de problèmes une fois sur le vélo pour boucler les quelques centaines de kilomètres qu’il me reste à parcourir.
Face à ce constat, je profite donc du van d’Erick pour descendre deux cent kilomètres plus bas jusqu’à Punta Arenas, d’où je prendrai quelques jours de repos supplémentaires avant de rejoindre la Terre de Feu avec Surly.

Nous suivons les panneaux « Ruta del fin del mundo », accompagné par un fort vent latéral qui fait tanguer le van. Une portion de plus de pampa, où seules de rares estancias (fermes locales) viennent briser la monotonie du bush a perte de vue. Quelques flamants sur de petits lacs, des troupeaux de bétails, des guanacos éparpillés qui semblent prendre plaisir à traverser devant les voitures pour sauter sur le bas côté opposé.

Arrivés à Punta Arenas, cette ville portuaire colorée dégage instantanément une atmosphère plus moderne et dynamique que celles précédemment traversées. Capitale de la région, elle est l’une des villes les plus au Sud du Monde.
Une longue promenade et une piste cyclable au bord de mer, de grands édifices historiques, des peintures en trompe l’œil qui recouvrent de nombreux murs, et quelques épaves de bateaux échoués lui confèrent un charme supplémentaire.

J’y passe trois jours en compagnie d’Erick qui doit régler des détails mécaniques sur son van avant de reprendre sa route. De mon côté je m’impose quelques jours de repos supplémentaires car mes douleurs évoluent lentement.

Rouler à vélo me manque. L’immobilité forcée est pour moi l’une des choses les plus difficiles à gérer moralement, mais je m’efforce de garder l’esprit positif.
Une rapide sortie avec Surly pour acheter mes billets de ferry, et je retrouve le sourire grâce à la joie contagieuse d’un banc de dauphins qui sautent frénétiquement à quelques centaines de mètres de la plage !
Puis je retombe par hasard sur Jean, un cycliste français rencontré à El Calafate. Il souffre également d’une tendinite au genou depuis peu, problème finalement rencontré par plusieurs autres cyclistes depuis les randonnées sportives d’El Chalten et Torres Del Paine… Nous en rions finalement autour de quelques verres de Pisco Sour.

Mardi 17 janvier. Finally on my biking road again ! Mon billet en main, les sacoches de nouveau bouclées, je roule au petit matin les quelques kilomètres qui me séparent de l’embarcadère au Nord de la ville, pour grimper dans un ferry direction Porvenir.

La mer est calme, le temps ensoleillé, les mouettes rasent l’écume à notre départ, et quelques dauphins nous accueillent en sautant le long du bateau à notre arrivée.

 

Porvenir, c’est une petite ville à l’Ouest de la mythique « Isla Tierra Del Fuego ». Près de cinq cent kilomètres plus loin c’est Ushuaia, objectif ultime de mon voyage à vélo. J’ai encore du mal à réaliser…


A la sortie du ferry je retrouve cinq autres cyclistes, dont deux déjà rencontrés à plusieurs reprises. Notre équipe Colombie-Espagne-Pays Basque-Ecosse prend donc joyeusement la route, avec une composition 100% Surly Bikes !
L’odeur salée de l’océan nous accompagne jusque dans la baie que nous longeons pour l’après-midi. Ses tons de bleus sont saisissants. Peu de circulation par ici, nos seuls voisins sont les moutons et les guanacos qui paissent dans les collines alentours, et les oiseaux qui se laissent planer dans les courants d’air du bord de mer. Les conditions nous sont favorables, le vent s’installe progressivement dans notre dos jusqu’en fin de journée.

Seul incident à déclarer, les deux vis qui maintiennent mon porte bagage arrière au cadre sautent, décrochant tout mon équipement… Heureusement, un des gars a la bonne taille de vis de rechange, et le souci est réglé en un clin d’œil…
En fin de journée, les propriétaires d’une jolie petite estancia acceptent de remplir nos gourdes et nous laissent bivouaquer à l’abri de leurs grands cyprès, face à la baie et à leurs chevaux.

Le lendemain, le ciel a abandonné son sourire lumineux, remplacé par de grosses larmes glacées. La pluie ne nous quittera pas de la journée. Le gravier se transforme en revêtement boueux ponctué de trous d’eau sournois.
Fin de matinée, halte dans une cabane de fortune, unique point d’abri sur des dizaines de kilomètres alentours. Alors forcément nous ne sommes pas les seuls occupants… une douzaine d’autres cyclistes se partage cet espace confiné. Rapidement, nos vêtements trempés nous glacent le corps. Après une courte pause céréales, je repars avec les écossais Andrea et Steve, nos autres compatriotes décidant de rester plus longtemps.
L’arrivée à la frontière chilienne 45kms plus loin est bien méritée. Nuit au chaud dans un petit hôtel et séchage intégral des affaires. Seule la couche de boue reste bien incrustée sur les sacoches et le vélo.

Au matin, je n’ai jamais vu un passage de frontière aussi chargé. Non non… pas par une file de véhicules… mais par des milliers de moutons rassemblés par des gauchos pour traverser la route ! Entourée par ce concert de bêlements, il me faudra patienter une dizaine de minutes avant que ce petit monde libère mon accès vers l’Argentine…

Quelques kilomètres et j’aperçois mon panneau préféré « Inicio de pavimiento ». Retour sur l’asphalte !
Retour en Argentine sur le côté Est de la Tierra Del Fuego, et par la même occasion retour au bord de l’Océan Atlantique. Petit pincement au cœur car, même à des milliers de kilomètres de chez moi, c’est un peu « mon » océan, celui auprès duquel j’ai grandi. Les troupeaux de guanacos sur la plage en moins. C’est la première fois que je le revois depuis mon départ de France. Etrange sensation. « Quand rien ne vous rappelle la maison. Quand tout vous rappelle la maison ».

Ville de Rio Grande, un peu plus de 200kms au Nord Est d’Ushuaia. Nous y retrouvons Maya, une japonaise déjà rencontrée à Villa O’Higgins. La seule autre fille en solo à vélo que je croiserai sur l’intégralité de mon périple.
Une petite journée de repos remplie de grandes discussions philosophiques ; en espagnol avec Liliana d’Argentine, en anglais avec Amos d’Australie, et un peu des deux avec Marcos d’Italie…

Puis, une belle étape ensoleillée de 110kms où le vent favorable et les rares dénivelés m’évitent de trop forcer sur mes genoux.

Et me voilà déjà à Tolhuin, ville 100% connue des cyclo-voyageurs grâce à la « Panaderia amiga de los ciclistas ». Emilio, gérant d’une immense boulangerie, possède un bâtiment avec cour intérieure et salle de sport dans lequel il accueille tous les bike trippers de passage, venant du Nord ou du Sud de l’ile. Ce soir, belle performance, nous y serons dix neuf ! L’occasion d’y tester également les empanadas, churros et autres pâtisseries et petits pains des lieux.

Je fais la connaissance, entre autres, de Patricia et Christian, deux français partis depuis trois ans. Ils ont traversé à vélo l’Asie, l’Indonésie, puis les Amériques depuis l’Alaska, et me disent que maintenant ils pensent rentrer en France… mais en passant par l’Afrique !

Une sortie avec Maya avant d’aller au lit pour tester le glacier artisanal local et revenir avec une grosse portion de quatre saveurs. Tout le paradoxe de la Patagonie en été. Le seul endroit où tu peux manger ta glace enroulée dans ton duvet. Sortir avec ta doudoune, ton bonnet, et tes tongs… Rien d’anormal, car le soleil chauffe mais le vent réfrigère.

Après ces quelques centaines de calories supplémentaires, nous reprenons la route avec Maya, Andrea et Steve. Les muscles encore froids frémissent au démarrage. Quelques minutes de pédalage, et c’est bon de sentir la chaleur se diffuser à mesure que le corps se délie. Les genoux peinent à s’y mettre, bien que mes douleurs soient moins intenses qu’a pied. Néanmoins, le mental et l’adrénaline de l’arrivée proche font clairement le gros du job.
Un dernier col étonnamment facile, la descente funky qui s’en suit et nous voilà pile à l’heure de l’apéritif dans une zone de camping libre au bord d’une petite rivière. Pop-corn et cubis de mauvais vin rouge. Ushuaia -32kms.

 

Régulièrement, nous croisons d’autres bike-trippers entamant tout juste leur aventure dans l’autre sens. Nous rions du contraste face aux mois de vagabondage qui nous séparent. Leurs affaires ne sont pas décolorées. Ils n’ont pas de trous dans leurs fringues, ni de grosses rayures sur leurs vélos. Leurs sacoches sont impeccables. Leurs visages sont frais, et ils débordent d’énergie, nous remémorant à quel point nous étions similaires lors de nos démarrages respectifs !

Et puis ça y est. Finalement. Lundi 23 janvier 2017. 10h21. 267 jours après avoir mis le pied dans l’avion pour l’Alaska. Une fille et son vélo devant le symbolique cadre « Fin Del Mundo ».
U-S-H-U-A-I-A. Désormais, l’énonciation de ces quelques lettres ne me renverra plus seulement à l’image de mon gel douche ou au visage de Nicolas Hulot…

« Donnez une chance à vos rêves car quoi qu’il arrive vous serez fiers de vous »

Eh oui. Surly et moi nous y sommes. De l’autre côté du globe. Au bout de la Terre de Feu. Au delà de mes espérances.
Le voyage n’est pas une chance, c’est un choix. N’importe qui peut faire ça. Mais l’Esprit d’Aventure est propre à chacun.
Penser par soi même pour s’accomplir et créer son expérience de vie, sans être influencé par le courant principal autour de soi. Accepter parfois de nager un peu à contre-courant.
Apprendre à se retirer de tout contexte pour faire face à son Monde Intérieur. Le Monde Extérieur change. Notre Monde Intérieur nous suit toute votre vie. D’où la nécessité d’être en accord avec lui.
Etre fidèle à soi demande du courage, au moins autant que de réaliser n’importe quel autre exploit. Savoir s’exalter, se détacher, tracer son propre chemin et vivre ses rêves. Pour cela je suis fière de mon statut d’esprit libre. Grâce à cette indépendance farouche qui m’est chère, j’ai pu réaliser cette aventure en appréciant les espaces solitaires tout autant que les moments partagés au gré de mes rencontres.

Ma récompense pour les jours à venir : profiter au maximum de ce bout du monde. Avec Maya, nous sommes accueillies par Anita, amie-d’un-ami-d’amis qui nous héberge gentiment. Nous retrouvons également plusieurs autres cyclistes qui rejoignent la ville peu de temps après nous.
Soirée au Dublin’s Pub pour célébrer ensemble ces instants mémorables, dans le seul bar de la ville digne de ce nom où se mêlent locaux et voyageurs de tous horizons.

Je profite également de mon temps libre pour en apprendre un peu plus sur la ville. Ushuaia est pleine de contrastes. Un passé chargé d’Histoire noyé par son statut moderne de ville de bout du monde.

Des ferrys hauts comme des immeubles qui déversent un flot de touristes du troisième âge. Un port de commerce débordant de containers. Une ambiance de business touristique dans un décor sauvage, encerclé par la ceinture des Andes au Nord et le Canal de Beagle au Sud.

Malgré la manne touristique et l’ambiance quelque peu dénaturalisée, on y trouve quelques lieux historiques. Le bistrot-musée « Ramon Generales » qui a conservé son empreinte authentique tout en vendant les meilleurs pains et pâtisseries de la ville.


Le bateau remorqueur « Saint Christopher » échoué en face du centre, devenu un monument symbolique des nombreux naufrages de la région.

Le Musée Maritime crée dans l’ancienne prison retrace notamment l’histoire de celle-ci, en partie conservée en l’état. Les premiers prisonniers débarqués sur l’île dans les années 1900 sont ceux qui construisirent la prison mais également les rues, les ponts, les bâtiments, et le train le plus austral du monde.

On y découvre aussi les portraits de navigateurs explorateurs mythiques : Magellan et sa découverte en 1520 du détroit qui porte aujourd’hui son nom, Shackleton et son expédition périlleuse en Antarctique dans les années 1915. Et tant d’expéditions malheureuses, naufrages et disparitions dus au climat chaotique du Cap Horn, où se rencontrent l’Antarctique et le Pacifique.

La réplique du Phare du Bout Du Monde (la même qu’a La Rochelle!), dont l’original situé sur une île plus à l’Est est quasi inaccessible. Et d’autres évènements plus légers, comme l’élection de Miss Ushuaia 1934, ou les expositions d’artistes locaux dont les œuvres recouvrent les murs d’anciennes cellules de détenus.

 

Après l’effusion d’Ushuaia, je saute au petit matin dans un petit bateau pour une rapide traversée en direction de l’Isla Navarino, au sud de la Tierra Del Fuego, rattachée aux îles du Cap Horn.

Nous débarquons à Puerto Navarino. Un simple poste de frontière, de nouveau en territoire Chilien. Et un ancien cabaret abandonné, vestige des désirs populaires du 19ème siècle.


Un minibus nous conduit cinquante kilomètres plus loin a Puerto Williams, destination qui me tient à coeur. Capitale de la Province du Cap Horn, elle est géographiquement LA vraie ville du Bout du Monde, la plus australe avant le continent Antarctique. Loin de l’agitation touristique, cette petite bourgade est un vrai havre de paix.

Son joli musée retrace l’histoire de la région. Les découvertes locales par des navigateurs de renom comme le capitaine Anglais Fitz Roy dans les années 1800. Les tentatives de colonisation ratées. L’étude, la préservation et la pérennisation de la communauté Yagan vieille de 6000 ans, dont la dernière descendante, Cristina Calderon, est aujourd’hui agée de 87 ans.

Aux alentours, le bord de mer est plutôt éclectique. Cimetière de vieux bateaux, base navale, embarcadère de ferrys, voiliers sillonnant le globe, il y en a pour tous les goûts.

Les rayons de soleil d’une fin de journée, un groupe de juments et leurs poulains qui viennent profiter de l’herbe grasse près de la plage, et me voilà comblée par un décor qui restera gravé dans ma mémoire.

Le lendemain, une sortie avec Surly jusqu’à l’extrémité est de l’île me fait découvrir ces paysages préservés peuplés par de nombreuses espèces d’oiseaux.

 

Mon hébergement n’est pas en reste. Avec sa grande cuisine, son poêle à bois et ses canapés moelleux, Cécilia accueille ses voyageurs comme une maman à son camping refuge « El Padrino ». Certains sont là depuis plus d’un mois, sillonnant les treks de l’île d’un bout à l’autre.

Parmi les résidents, nous partageons notre espace avec Erica, pouliche abandonnée par sa mère qui squatte le jardin, dort entre les tentes, et se nourrit de biberons de lait aromatisés à la framboise.

Mes trois jours ici tombent à pic avec l’Asado municipal, organisé deux fois par an par la commune. Ce barbecue géant réunit les habitants et voyageurs de passage pour savourer de généreuses grillades, accompagnées par quelques plats préparés par chacun.

Partage de cette bonne ambiance familiale dominicale avant de repartir l’estomac bien rempli en direction d’un nouveau ferry. Adieux depuis l’embarcadère avec Cécilia entourée de ses baroudeurs qui prolongent leurs séjours sur ce petit morceau de paradis.
Et c’est parti pour trente heures de navigation dans le détroit de Magellan, parmi les îles, les fjords et les glaciers en compagnie d’Alexandra, Gaël et Jean Charles.
Le temps pour moi de souffler un peu et d’écrire ces lignes, bercée par le ronronnement du ferry et le roulement léger des vagues sous la coque.

Lundi 31 janvier. Retour à Punta Arenas, six kilomètres le long de la côte dans les lumières de fin de journée pour rejoindre l’auberge d’Eduardo, son accueil chaleureux et ses petits déjeuners gourmands.


Quelques journées de décompression en attendant ici l’arrivée de l’un de mes deux grands frères avec qui je remonterai la Patagonie en voiture. Encore quelques semaines pour entamer le dernier chapitre de cette aventure avant un retour (presque) programmé aux sources de ma douce France !

Thanks for following 🙂

 

“La différence entre le possible et l’impossible réside dans la détermination qui sommeille en toi”

    22 Comments

  1. J’en ai un pincement ….je suis toute chamboulée. J’ai du vivre ton aventure trop à fond à travers tes récits.? Mais …..bientôt le plaisir de te revoir. Bisous

    • Haha attends quand même ma photo de fin a l’aéroport pour verser la larmichette!! A très viiiiite 😉 Gros bisous

  2. Mon premier : Bonheur…Mon second:Admiration…Mon troisième: Fierté…de toi, ta volonté et ta force….Mon quatrième: un brin d inquiétude pour ces genoux capricieux… Mon cinquième: impatience de te retrouver….Mon tout: l’assurance d’un futur plein de promesses grâce à toute cette richesse accumulée….Bravo et Merci!!! Profitez maintenant Baptiste et toi des jours à venir pour partager découvertes , complicités et nouvelles rencontres. . De très grosses bises.

    • Graciiiias Mummy 🙂 Pas d’inquiétude, je rentre entière, et j’ai deux semaines de défi pour nous créer un deuxième aventurier dans la famille!! A très vite!

  3. En tout cas Module un grand respect pour ton exploit. Cette découverte d’une partie du monde – juste exceptionnel.
    Magnifique récit, rien que leurs lectures nous transporte avec toi.
    Des Gros-Bisousssss
    Marie, Anthony et Loïs.

    • Gracias ma belette! A bientôt dans le froid et les tempêtes rochelaises 😉 Gros bisous à tous les trois!!

  4. Voici la fin d’une aventure,d’une page de ta vie ,et pour le lecteur un rêve éveillé et illustre.
    Merci pour ce beau reportage durant tous ces jours.
    Bonne promenade en Patagonie et hasta Pronto en Francia
    Des bises
    Michel

    • Merci Michel pour ce soutien sans faille! Nos vemos de l’autre côté du globe! Bises

  5. Tout ceci donnes trop envie!!!! Quel chouette voyage!!!!

    Merci pour ces belles photos, pour ces belles descriptions, ces jolis mots…

    Merci poulette de nous faire partager avec tant de détails et d’émotions toutes ces expériences qui sont tiennes!!!!

    Chapeau bas pour ce que vous venez d’accomplir Madame!!!! LO LOGRASTEEEEEE 😉

    Njoyyyyyy les moments avec ton Bro’ poulette.

    Des bizettes Mexicaines

    • Muchaaas Gracias hermoso 😉 A ton tour maintenant de me faire rêver alors que je vais retrouver ma vie de « mortelle » de l’autre côté du monde!! Profites de chaque instant!! Besos

  6. Oui tu peux être fière de toi ! A double titre : 1 d’avoir réalisé ton rêve et 2 de l’avoir partagé avec nous.
    Merci encore pour ce magnifique voyage en ta compagnie. Tu as été très discrète sur tes « coups de mou »et pourtant il ne peut y avoir de lumière sans ombre et vice versa.
    Bravo et merci encore de nous avoir fait profiter de ton expérience avec fidèle Surly.
    Je serai ravie de te féliciter en chair et en os.
    Bonnes vacances avec le grand frère. Je me serais bien glisser dans la valise !
    Bises et à bientôt

    • Merci beaucoup Chantal! Pour ce qui est de la place dans la valise de Baptiste…j’en ai déjà réquisitionné une partie pour mes affaires de retour!! A très bientôt, bises

  7. Waouh, c’est époustouflant Maud.
    Un grand grand bravo pour ta magnifique aventure.
    Respect!!
    Grosses bises et à très bientôt,
    Et maintenant bon repos en compagnie de Baptiste.

    • Merci Virginie! Hier soir nous avons planifié notre programme… 3000 kms pour les deux semaines à venir, alors je crois que le mot « repos » ne sera mis en application qu’une fois de retour aux champs dinards!! Bises à bientôt 😉

  8. Hello Ron’, FELICITATIONS à la fois pour cette très belle aventure et également pour la manière avec laquelle tu nous l’a fait partager au fil des mois.
    Belle illustration de l’accomplissement!
    #fierdemasoeurette
    Enjoy ces 15 derniers jours avec Bilou.
    See you soon
    Valdo

    • Gracias hermano 🙂 J’ai prévu un programme de choc pour transformer Titou en aventurier à son retour… A très vite pour le débrief autour d’un ENORME plateau fromage-charcutaille-vino!! Bises

  9. Bravo Maud. Bonne fin de voyage. Sébastien

    • Merci Sebastien, bientôt à ton tour de reprendre le vélo… enjoy!!

  10. Félicitations ma filleule! Tu peux être très très fière de toi!!! Grâce à tes superbes photos, les enfants ont aussi suivi ton itinéraire et tu as éveillé de futures vocations d’aventuriers-sportifs!
    Très grosses bises

    • Merci marraine! Et vive les futurs globe-trotters… je serai là pour les conseils quand ça sera leur tour 😉 Bises à tous!

  11. Chapeau bas Maud…
    Tu as réussie toute ton aventure et nous l’avons vécue à tes côtés, grâce à la qualité de tes récits accompagnés de photos toutes plus belles les unes que les autres….
    Alors pour cela aussi : MERCI !
    Profite encore de tout…
    Je t’embrasse.

    • Merci Marie, je suis ravie d’avoir partagé cette belle aventure avec toute notre team! A très vite au prochain séminaire pour de nouveaux récits en live 🙂 Bises et prends soin de toi

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