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« La vie, ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser sous la pluie »

« La vie, ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser sous la pluie »

By on 31 Déc, 2016 | 17 comments

Mardi 6 décembre. Je quitte les brumes du port de Puerto Montt, longeant l’Océan Pacifique sur mes tous premiers kilomètres de la carretera austral. Cet itinéraire mythique de 1240 kms à travers la région d’Aysen va me conduire jusqu’au bout du bout de la route chilienne, à la lisière des champs de glaces de la Patagonie.

Après avoir traversé une partie de la « Région des lacs », je retrouve le bruit plus intense de l’océan, et ses embruns qui laissent un goût salé sur mes lèvres. A ma droite, le Pacifique. A ma gauche, la Cordillère des Andes.
La côte escarpée est parsemée de petits villages de pêcheurs aux maisons de bois et aux embarcations colorées. Le temps s’éclaircit au fur et à mesure des kilomètres, rendant plus agréable ma progression irrégulière sur ces dénivelés qui cassent les jambes.

En fin d’après midi, j’atteins mon premier ferry. Il y en aura plusieurs autres dans les jours à venir. Cette région éloignée et morcelée est majoritairement protégée par des parcs nationaux, préservant son environnement des infrastructures humaines.

A peine une heure de traversée en compagnie de Diego et Arturo. Ces deux chiliens fêtent leur nouveau partenariat et sont à la recherche d’une idée de création d’entreprise. Nous nous souhaitons bonne chance mutuellement dans nos aventures et poursuivons chacun nos chemins. De mon côté, je roule encore quelques kilomètres, profitant du soleil qui se décline en tons rosés sur le miroir de l’océan, avant d’installer ma tente dans le jardin d’une famille qui tient une petite auberge restaurant.

Les enfants m’aident à installer mon bivouac tout en me racontant un tas d’histoires. Elly, leur mère, m’invite à entrer, partageant avec moi l’histoire de la région et de ses ancêtres Mapuche. Elle et sa famille vivent de la manière la plus naturelle possible cultivant leurs légumes, utilisant leurs plantes médicinales pour se soigner, et faisant eux-mêmes l’instruction à leurs enfants.

Le lendemain, première grosse portion de piste en graviers avant d’arriver à un nouveau ferry. Celui là est plus long, et entrecoupé par une bande de terre de dix kilomètres qu’il faut traverser avant de reprendre un autre bateau. Au bureau de vente, on m’explique ainsi qu’avant d’acheter mon billet, je dois trouver un véhicule qui accepte de charger mon vélo pour me conduire entre ces deux ferrys.

J’ai un peu d’avance, et m’installe sur les marches de l’embarcadère pour manger un morceau et attendre un véhicule susceptible de nous transporter Surly et moi. Erick vient naturellement se présenter, et accepte gentiment ma demande. Ce brésilien néo-zélandais de 36 ans voyage en mini-van, et, surprise, il a aussi démarré son road trip à Anchorage, un an plus tôt que moi. Les stickers qui recouvrent sa portière latérale me font sourire, nous avons vécu les mêmes échappées belles : le Mont Denali en Alaska, la Cassiar Highway au Canada, les nombreux Parcs Nationaux, les villes mythiques et tant d’autres endroits…
Nous sommes sur la même longueur d’onde, et notre traversée initiale de quelques heures se transforme en une semaine, sillonnant ensemble la partie Nord de la carretera.
La courbe d’une montagne, le panorama d’un lac, la couleur d’une fleur, et une multitude de détails nous renvoient à nos souvenirs, partageant avec amusement nos expériences respectives aux similitudes étonnantes.


Les découvertes se multiplient sur cette route scénique, qui paraît de plus en plus belle et sauvage à mesure que l’on progresse vers le Sud. Nos conversations sont régulièrement interrompues par des « Look at that !! » au détour d’une cascade, d’une crête de sommets enneigés, d’une lagune colorée, d’une forêt au vert éclatant.

L’occasion pour moi également de faire une bonne cure de fruits et légumes grâce à la cuisine magique d’Erick, accompagnée par de délicieux vins chiliens. Chaque soir nous nous défions pour trouver LE spot de bivouac, l’objectif suprême étant de cumuler lac, vue sur montagne, feu de camp et bois sec à volonté !

Nos chemins devront se séparer à Villa Cerro Castillo. Erick rejoint ses parents qui viennent passer les fêtes avec lui en Argentine, tandis que je poursuivrai sur la carretera Chilienne par le Sud.
Le temps est couvert et pluvieux à notre arrivée, masquant les panoramas qui nous entourent.


Nous bivouaquons sur le terrain d’une famille au pied des montagnes. Ce n’est que sous le soleil du lendemain que nous admirons à sa juste mesure la chaîne du Cerro Castillo qui s’offre à nous. Un vrai décor de cinéma.

Marissa et Juan, qui nous ont gentiment mis à disposition leur terrain, possèdent également des cabanes dans le village. Nous y prolongeons notre séjour d’une journée, le temps d’organiser nos affaires, ranger et nettoyer nos équipements et véhicules respectifs.
Le soir, nos hôtes nous invitent à partager le maté, une façon locale de souhaiter la bienvenue aux invités. Cette boisson stimulante traditionnelle se partage dans une petite calebasse, dans laquelle infusent des feuilles de Yerba Mate, que l’on boit tour à tour à l’aide d’une bombilla, petite paille métallique.
Une première pour moi, qui ignore encore le bon code de conduite à tenir pour partager dignement cette boisson, et me retrouve la première avec ma calebasse entre les mains. Fou rire de Marissa et Erick quand leurs regards se croisent, m’observant touiller nonchalamment les herbes pendant notre conversation… Surtout pas ! La bombilla ne doit pas bouger, être inclinée d’une certaine manière pour éviter d’y faire remonter les herbes, et la calebasse une fois vidée doit être redonnée à celui qui garde la bouilloire pour la remplir de nouveau à destination du suivant.

Fin de cette belle parenthèse, il est temps pour moi de reprendre mes rudes habitudes de bikeuse, chargée d’une bonne réserve de nourriture. La deuxième partie de la carretera est plus reculée et sauvage que la première, avec une piste 100% graviers…
Les premiers kilomètres sont quasiment impraticables, la couche de graviers trop épaisse faisant déraper et glisser mes pneus. Heureusement, la suite s’améliore légèrement, et les paysages traversés dissipent rapidement ma mauvaise humeur passagère. La chaine du Cerro Castillo que je contourne, une lagune verte qui apparaît en haut d’une montée, de grandes étendues d’arbres morts, vestiges des dernières éruptions volcaniques qui tranchent sur les hautes herbes vertes.

Le temps clément et l’absence de point d’arrêt me poussent à rouler jusqu’en début de soirée, bouclant 100kms pour une reprise qui laisse mes muscles contractés et mes articulations douloureuses du fait des vibrations incessantes sur le ripio. Je plante la tente dans un jardin, et entend la pluie démarrer dans la nuit, début d’une longue période d’averses et de journées qui se finissent trempée jusqu’aux os…
J’ai lu quelque part que « la vie, ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ». OK pour le concept théorique et métaphorique. Mais pour le côté réaliste, quand mes pieds continuent à faire « floc-floc » depuis trois jours dans mes chaussures, j’ai du mal à garder le rythme !

La Carretera Austral est un peu mon Calendrier de l’Avent. Chaque jour une nouvelle surprise, de nouvelles rencontres, de nouvelles couleurs, de nouvelles montagnes, de nouvelles chutes d’eau…
Mais c’est aussi du vent et de la pluie, de la poussière et de la boue, des graviers éreintants qui nous mettent à mal moi et Surly. Les pneus crissent, dérapent, rebondissent sur les portions allant de plutôt praticables à carrément galère, obligeant parfois à pousser le vélo. Je ne compte plus les glissades, ripages et rattrapages de dernière minute qui me font tantôt rire, tantôt rager.
Un degré de plus sur mon échelle d’abnégation, mais patience et persévérance sont largement récompensées par les paysages grandioses et les couleurs incroyables distillées par Mère Nature.

Un concentré de sensations dans une nature à l’état brut, qui pousse nos forces de pauvres cyclo-voyageurs à bout, tout en nous offrant l’étendue de sa splendeur. Cette route sait se faire mériter, et peut vous faire vivre les quatre saisons dans une seule et même journée.

 

Du Sud au Nord et du Nord au Sud cet itinéraire est un vrai « shaker ».
« Shaker » de bikers, où s’entremêlent toutes les nationalités et tous les âges.
« Shaker » d’émotions, il vous fait passer du rire aux larmes, de la sueur aux grelottements, de l’émerveillement à la rage, de l’euphorie à l’épuisement.
« Shaker » tout court, son parcours capricieux évolue d’une seconde à l’autre, captant toute votre concentration sous peine de finir sur le bas côté ou de décrocher une sacoche dans un gros nid de poule. Par ici le « tout schuss » est rarissime, et le lâcher de mains, ne serait-ce que pour boire, peut s’avérer périlleux!

Je rejoins Puerto Tranquilo en fin de matinée. Comme son nom l’indique, je m’y accorde une bonne après midi de repos, au sec et au chaud, papotant au coin du feu. A présent, dans chaque village, chaque camping, chaque auberge, je croise et recroise des baroudeurs venus d’un peu partout, majoritairement à vélo ou en sac à dos.
Idem sur mon chemin, où chaque jour apporte son lot d’échanges amicaux. Grâce à cette petite communauté on reste informé sur l’état des routes, les campings sympas, les ravitaillements, les horaires des ferrys et les bons plans.

Avant de reprendre la route, je saute dans un petit bateau pour une excursion à la découverte des « Capillas de Marmol ». Le long de la côte, le temps et les éléments ont façonné dans le marbre de superbes cavernes et tunnels dont les couleurs tranchent avec des eaux d’un bleu translucide. On peut deviner les contours d’animaux sculptés par l’érosion : la tête d’un chien, la trompe d’un éléphant, les nageoires d’un dauphin, chacun ayant leur propre signification locale. Superbe !

Je reprends Surly sous une pluie fine, qui fait ressortir l’odeur des fleurs le long de ma route. Les nuages bas transforment le ciel en chantilly, et viennent se perdre dans les sommets enneigés. Trente kilomètres de tôle ondulée non stop me laissent KO.

Je monte la tente en vitesse, avale un reste de pâtes sans avoir le courage de les réchauffer et me cale dans mon duvet, espérant utopiquement retrouver mes vêtements et mes chaussures secs le lendemain.

Après trois jours de pluie le soleil est enfin de retour pour une journée complète que je savoure avec bonheur, prenant tout mon temps pour faire des photos et admirer les panoramas sous leur meilleur jour.

Quelques kilomètres avant d’arriver en ville, rencontre avec mon premier « culpeo », aussi appelé « loup de magellan » ou « renard des andes ». Il trottine dans ma direction, à quelques centaines de mètres. De face, il est très grand, et j’ai du mal à l’apparenter à un renard car son museau n’est pas aussi pointu. Mais sa queue en panache est bien là. Pas vraiment troublé par ma présence, il fini par grimper sur le bas côté, me regardant passer du haut de son talus.

Juste un peu plus loin, je ne pensais pas revoir celui qui traverse ma route… un lama ! Après renseignement, un grand troupeau est protégé dans un parc naturel a proximité.

A Cochrane, je profite d’un supermarché presque digne de ce nom pour faire le plein de produits frais. Un petit camping dans le jardin d’une famille propose des installations basiques mais offre le principal pour un bike tripper : une douche chaude et un coin cuisine. J’y partage de bons moments avec un petit groupe ; anglais, américains, espagnols, chiliens, tous se dirigeant comme moi vers le Sud.

Une journée détente sous la pluie, qui se résume majoritairement à manger et dormir. Mon corps me réclame du repos et de quoi le remonter après les efforts soutenus des derniers jours. De plus, je dépense énormément d’énergie pour réguler ma température. Même en essayant de gérer au mieux les couches de vêtement, les variations de degrés, l’accumulation de la pluie, les coups de chaud dans les montées et le vent froid dans les descentes ajoutent une couche de fatigue supplémentaire.
Je sens mon organisme comme une batterie de téléphone faiblissante. J’ai besoin de le recharger plus souvent, et mon stock d’énergie s’épuise plus vite. Chose rassurante, je ne suis pas la seule dans ce cas, les conditions capricieuses jouant de la même manière sur les autres voyageurs!

Finalement revigorée, je repars pour ma dernière portion sur la carretera. Dans 230 kms et un ferry, c’est Villa O’Higgins. La fin de la route chilienne, à la lisière des champs de glace de la Patagonie.
Après un timide soleil matinal, le temps change plusieurs fois avant de tourner définitivement en une pluie continue, qui s’installe de nouveau pour les jours à venir. Quand quelques rayons fugaces réussissent à percer, l’eau s’évapore au dessus des graviers, donnant un aspect mystique à la route semblant déjà sortie d’une forêt tropicale.

Mon itinéraire serpente entre montagnes et forêts. D’innombrables chutes d’eau m’entourent, depuis le toit enneigé des cimes jusqu’au bord de ma route où elles viennent s’écrouler en de puissantes cascades, se déversant plus bas dans les lacs et les rivières.

Je retrouve cette sensation d’être seule au monde. Sur cette portion je ne croise pas plus d’une dizaine de voitures dans la journée. Seul le bruit de la pluie et le crissement des pneus sur le gravier m’accompagnent. De temps à autre le cri d’un oiseau, ou la traversée d’un gros lapin.

J’arrive une nouvelle fois à un passage en ferry. Une nouvelle fois bien imbibée d’eau. Une traversée rapide pendant laquelle je rencontre Gabriella et Camila, mère et fille, qui passent leurs fêtes toutes les deux. Mes pieds trempés dans mes chaussures qui ne sèchent pas congèlent au fur et à mesure que les minutes passent, inactifs sur le bateau. Éreintée, j’accepte finalement leur aide pour me conduire en pick up jusqu’à Villa O’Higgins, cent kilomètres plus loin.


L’auberge El Mosco est le point de ralliement des voyageurs du coin. Passage inévitable entre ceux qui arrivent du Sud et ceux qui y descendent. Cyclistes, randonneurs, grimpeurs, kayakistes…tous les types d’aventures s’y côtoient.
Les mines fatiguées des nouveaux arrivants croisent celles délassées de ceux qui rebouclent les sacs pour reprendre leur chemin. Les fortes pluies des derniers jours pèsent sur le moral, et l’étape est unanimement appréciée dans ce lieu chaleureux.

Une interminable douche bouillante peine à me réchauffer, deux heures blotties sous la couette avant de trouver l’énergie d’aller faire à manger… L’ambiance est joyeuse dans l’immense cuisine-espace de vie, effusions de senteurs et orgies de bons plats mijotés par les uns et les autres. Les informations s’échangent entre ceux qui « montent » et ceux qui « descendent ». Pour aller vers le Sud, il n’y a plus de route. Ferrys et sentiers escarpés sont au programme pour les trois jours à venir.
Au matin, neuf personnes débarquent depuis l’autre côté du lac, où il n’y a absolument rien à part un embarcadère. Ils y sont restés bloqués une semaine car aucun bateau ne circulait du fait du mauvais temps. Certains se sont même mis à la pêche à la truite faute de provisions suffisantes !

Jeudi 22 décembre. La vue sur les montagnes se dégage enfin. Le vent souffle en rafales, balayant la rue principale, mais au moins le soleil est de la partie, laissant les dômes enneigés qui entourent le village à découvert. Je contemple le tout les pieds au chaud devant le pôele de l’auberge, un thé entre les mains.

Après une semaine complète sans activité, un ferry est prévu demain. Chance, après deux jours de récupération je vais pouvoir poursuivre ma route vers le bout du monde comme prévu. Quelques coups de fils, messages à la famille et aux amis pour souhaiter de joyeuses fêtes à tout le monde, car la connexion internet ne fait pas partie du programme de mes jours à venir. Cette année, c’est un Noël pas comme les autres qui m’attend. Pas besoin de cadeaux, la Patagonie va m’offrir ce qu’elle a de plus beau.

Vendredi 23 décembre. Dans les brumes du petit matin, nous sommes une douzaine de bike trippers à rejoindre l’embarcadère du ferry.


La plupart descendent directement de l’autre côté de la rive, 2h30 plus loin. J’ai choisi de m’offrir le détour d’une demi journée supplémentaire pour approcher l’immense glacier O’Higgins.

 


Je partage ces beaux moments avec Gabriella et Camila, qui m’avaient emmené en pick up quelques jours plus tôt. Nous ne sommes qu’une dizaine sur le bateau et trinquons dans la bonne ambiance, un « whisky on the rocks » à la main.

En fin de journée, le ferry nous dépose, moi et un couple d’Argentins, à l’embarcadère de la frontière chilienne. Bivouac dans une petite Estancia qui surplombe le lac avant d’attaquer les 22kms les plus difficiles pour rejoindre le côté Argentin.

 

 

 

 

Ces deux postes frontières font partie des plus reculés au monde, plantés sur des sentiers difficilement praticables.

Au petit matin, nous entamons les six premiers kilomètres de montée sur un sentier en mauvais graviers où il faut pousser le vélo jusqu’a atteindre le haut des montagnes.

Dix kilomètres plutôt plats nous laissent ensuite souffler un peu avant d’arriver au panneau de la frontière Argentine, au beau milieu de la forêt.

C’est ici que démarrent les quelques kilomètres les plus difficiles et les plus épiques de mon voyage ! Juste un sentier de terre, parsemé de grosses racines d’arbres, de pierres, de ruisseaux et de boue du fait des récentes fortes pluies. C’est une véritable épreuve de force, avec des passages parfois si étroits que l’on doit marcher en contrehaut à côté des vélos.

Cerise sur le gâteau, il nous faudra traverser cinq rivières avec de l’eau jusqu’aux genoux, nous aidant mutuellement pour pousser et tirer les vélos.

Mes freins finissent totalement de rendre l’âme, je dois resserrer à deux reprises les câbles sans réussir à maintenir un peu de pression. Surly est couvert de boue et lance des bruits d’agonie que je ne lui connais pas. Il pèse de tout son poids et m’entraine vers l’avant ou l’arrière selon les dénivelés. Les sacoches se décrochent à plusieurs reprises, provoquant fous rires de mes compagnons de route qui n’ont pas de mal à décrypter mes injures françaises. Il nous faudra trois heures pour venir à bout de ces six kilomètres …

Enfin de l’autre côté, l’ambiance est festive au poste de frontière Argentin. Musique et préparatifs de Noël. Le soleil est de la partie et nous en profitons pour décrasser nos équipements dans l’eau glacée du Lago Del Desierto.

Le temps d’une sieste et l’un des gardes vient nous prévenir qu’un bateau vient nous chercher. Soulagement, car ici les liaisons ne sont pas toujours assurées. Une heure de traversée nous offre un beau glacier et une eau illuminée par les rayons du soleil de la fin de journée.

Quarante kilomètres plus loin, c’est El Chalten. En avant goût, la vue sur une partie de sa chaine montagneuse, dominée par le Fitz Roy, la tête dans les nuages.


El Chalten, c’est la capitale du trekking. Ici l’Esprit d’Aventure règne en maître. Elle fait partie des petites villes où l’on se sent instantanément bien. Le long de l’avenue principale vont et viennent des dizaines de bike trippers, randonneurs, grimpeurs. J’y retrouve une partie des personnes rencontrées plus tôt.

Nouveau camping. Nouveaux partages autour de la cuisine ou au coin d’une table. J’apprécie particulièrement cette ambiance de préparation d’expéditions ; cartes étalées sur les tables, prévisions météo, peaufinage de matériel….
J’y fais la connaissance de deux grimpeurs brésiliens. Coelho et Fabricio sont ici pour un mois pour partir à l’ascension du Fitz Roy.

Je les accompagne pour une session d’entrainement sur les parois rocheuses qui font face à la ville. L’escalade est une discipline qui me fascine. Mélange de puissance, de souplesse et de force mentale, c’est une véritable philosophie de vie pour ceux qui la pratiquent assidument.

Je profite aussi des nombreux itinéraires de randonnée pour faire plusieurs trekkings et admirer toute la splendeur des alentours. Par ici, de fortes rafales de vents soufflent à longueur de temps, me réveillant même la nuit en faisant claquer la toile de tente. Mais au moins la pluie me laisse un peu de répit, faisant place à de belles journées ensoleillées.

Une longue marche de 20kms m’approche du Mont Fitz Roy, au pied d’une lagune. Les sédiments des glaciers que l’on retrouve dans les eaux patagoniennes reflètent la lumière pour leur donner cette couleur bleu turquoise qui les rend si uniques.


Aujourd’hui, les sommets sont couverts, mais les panoramas sont splendides. Dans les zones les plus abritées, seul les battements de mon cœur résonnent dans l’effort, couvrant le bruit lointain d’une chute d’eau ou le souffle du vent. Ici, à la différence de l’Amérique du Nord, pas besoin de me soucier des ours, je peux partir des heures en forêt l’esprit tranquille !

Jeudi 29 décembre. Fabricio et Coelho partent en reconnaissance vers leur camp de base, qu’ils rejoindront dans quelques jours avec tout leur matériel avant d’accéder au Fitz Roy. De mon côté j’ai pris soin de Surly grâce à Geraldo, reconnu dans la ville pour régler les vélos des voyageurs de passage. Un petit cours de mécanique personnalisé, et mes freins usés jusqu’au métal sont changés, les câbles lubrifiés et ajustés. Nous avons retrouvé notre pédalage serein et (quasi) silencieux !

C’est reparti direction le sud et ses vents puissants. Le bout du monde m’attend dans un peu plus de mille kilomètres…
D’ici là, de l’autre côté du pôle, je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année en compagnie de ceux que vous aimez !

 

    17 Comments

  1. Quelle aventure ces jours derniers!!!
    Que ces paysages sont beaux!!
    On sent que tu partage un bonheur et une fatigue certaine.
    Le but arrive , le bout du monde magnifique il paraît.
    En attendant je te souhaites une extraordinaire année 2017 .
    Ā très bientôt
    Des bises?☃️

    • Merci Michel! Une excellente année 2017 pour vous deux également! Bises 😉

  2. Une fois de plus, bravo non seulement pour ton courage, mais pour la qualité de tes récits
    Bon réveillon à toi et bonne année 2017

    • Graciiias!! Feliz ano nuevo 😉

  3. Bonsoir Maud. Encore merci pour ton récit : la magie opère. Le bout du bout pointe son nez et apparemment ça se mérite. Ca n’a pas l’air simple. Tes clichés sont superbes.
    En attendant la réalisation prochaine d’un de tes rêves, je te souhaite une magnifique année 2017, à la hauteur de tes préférences et remplie d’agréables surprises la-bas, ici, partout.
    Take care.
    Bonne année à toi.
    Chantal

    • Merci Chantal pour ce soutien sans faille qui fait chaud au coeur! Je te souhaite également le meilleur pour 2017, beaucoup de bonheur pour toi et tes proches 🙂 Bises et à bientôt en France!

  4. « Le soleil est de la partie », merci morue pour cette citation. Ca donne envie de relire tous tes articles pour vérifier si j’en n’ai pas loupées d’autres?
    Photos splendides, un truc de fou. Je crois que ce sont celles qui me fascinent le plus depuis ton départ
    Bonne année depuis ma non moins splendide Bretagne

    • Happy 2017 à toi aussi tout là bas dans ta contrée ma morue!! Eh oui la Patagonie envoie du rêve, pas besoin de grand chose pour capturer de superbes panoramas, tout est là sous mes yeux…. so nice memories 🙂 A très vite pour le debrief en chair et en os, Besos!

  5. Merci Maud pour ces merveilleux récits et tes superbes photos. J’ai toujours hâte de lire la suite! Je te souhaite une très bonne année 2017 avec, je n’en doute pas, plein de beaux projets et de rêves à réaliser, et surtout, un joyeux anniversaire avec plein de bises, d’encouragement et d’admiration pour la suite de ton beau voyage. A bientôt pour la suite de tes aventures 🙂
    Audrey

    • Merci Marraine! Une très belle année pour toute la famille également, merci pour le soutien et les encouragements, le bout du monde approche a grands pas!! Bisous de Patagonie

  6. Je ne rappelle pas avoir eu tant de pluie vers Villa O’higgins, qu’elle aventure! Pas mal le whisky on the rock!
    Magnifique, continue à nous faire rêver, bonne route et bon vent…

    • Merci Sébastien, effectivement les conditions climatiques sont apparemment exceptionnelles cette année; la pluie qui n’est pas tombée dans la région cet hiver s’est rattrapée pour l’été!! Bonne prépa à toi pour les mois à venir 🙂

  7. Maud, tu nous fais rêver,et quels récits
    Merci
    Bon anniversaire avec quelques jours de retard
    Séb

    • Merci Sébastien! Happy 2017 a toi!

  8. Quelle aventure Maud c’est grandiose, je suis scotché par cette envie d’abord et ce courage d’entreprendre seule une telle aventure.
    J’aime beaucoup ton récit et le partage des paysages et cette nature magnifique !
    Je te souhaite tout le courage nécessaire pour continuer ce voyage et je viendrais visiter ce blog fréquemment pour voir ou tu en es…
    Bonne route bise

    • Merci Richard! Le but approche, je suis arrivée depuis quelques jours sur la Terre de Feu… un peu plus de 200kms et je serai au bout du monde à Ushuaia! A bientôt, bises

  9. Ushuaia doit pointer son nez : bonne dégustation de ce moment indescriptible…
    Vive la vie et ses projets.
    A bientôt de te lire pour le final.
    Bises

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